La communauté Haïtienne vivant au Bénin célèbre le Vodoun Damballa au Palais Akôdjôkplé de Vigan Houndjè à Ouidah
Le Palais Akôdjôkplé de Vigan Houndjè a été le théâtre d’un rituel historique ce 20 Mars 2026, marquant la célébration symbolique du Vodoun haïtien sur sa terre d’origine. Cette cérémonie dédiée à la divinité Damballa, tenue en présence de la communauté afrodescendante, de la chargée d’affaires de l’Ambassade d’Haïti, Mme Dominique Brutus, et du Président du Comité des Rites Vodoun, le Professeur Mahugnon KAKPO, a scellé un pont spirituel entre les deux rives de l’Atlantique lors d’un équinoxe de printemps placé sous le signe du renouveau.
La cérémonie riche en prières et en chants s’est ouverte sur une dimension cosmique soulignée par la prêtresse Manbo Zila, qui a décrit cette date comme un creuset d’énergies puissantes. Profitant de la nouvelle lune du 19 mars, ce rituel a permis de capter les vibrations de l’équinoxe, moment sacré où la nature s’équilibre. Selon les rites Vodoun haïtiens <<cette période est intrinsèquement liée à DambalLa et Aïda Wèdo, entités symbolisant la pureté, la connaissance et l’acte originel de création. Cette convergence astronomique a ainsi servi de socle à une manifestation qui dépasse le simple cadre religieux pour devenir une quête de régénération collective>> a précisé la prêtresse Manbo Zila. Au-delà de la ferveur, la cérémonie a révélé la résilience des codes culturels malgré quatre siècles de séparation. Manbo Zila a expliqué avec émotion comment les racines linguistiques fon, yoruba et nago bien qu’écorchées par la déportation, ont survécu dans le créole haïtien. Qu’il s’agisse de passer de Dan à Damballa ou de Zan à Haïzan, la valeur intrinsèque des symboles est restée intacte. Pour la prêtresse, le Vodou de la déportation est une synthèse magistrale de l’Afrique, intégrant vingt et une nations et des influences autochtones, prouvant que les terres de douleur sont restées unies par une même essence spirituelle.
Cette unité retrouvée trouve désormais un ancrage physique au sein du Palais Akôdjôkplé de Vigan Houndjè, qui fait office de sanctuaire pour la diaspora. Houndjè Wilfried, gardien du temple, a réaffirmé que le « Palais de l’Ordre Ancien des Ancêtres » est officiellement ouvert à tous les Afrodescendants en quête de reconnexion. <<Après le succès du rituel Makaya il y a quelques mois, le palais s’impose comme le point de chute spirituel où Haïtiens, Rwandais ou Yoruba peuvent venir honorer leurs défunts. Cette stabilité spirituelle est le préalable indispensable pour que le reste du développement social et humain puisse suivre dans un contexte où le gouvernement encourage le retour des afrodescendants nous avons le devoir de montrer l’ouverture d’esprit entre les communautés vodoun d’ici et celles qui reviennent.>> a déclaré Wilfried HOUNDJE Délégué Général du Carnaval International de Ouidah.
Le Président du comité des rites vodoun a suivi la cérémonie de bout en bout. Il a également constaté que le vodoun du panthéon haïtien s’apparente dans sa simplicité aux rites Vodoun du Bénin. <<C’est qui se fait ici qui a été transformé. Les pratiques n’étaient pas les mêmes au départ mais au fil du temps les afrodescendants ont réussi à harmoniser les pratiques. Et l’une des missions c’est de porter le vodoun vers l’extérieur afin de voir les pratiques que les autres peuples en font. Nous devons les pratiques dans la diaspora afin de les inviter à venir voir l’origine vodoun.>> En croire le Professeur Mahugnon KAKPO, le vodoun en tant que culture impacte tout le monde entier à travers l’usage des perles et des cauris comme apparat de mode et tout cela fait partie de l’universalité du vodoun. L’importance diplomatique de cette rencontre a été consacrée par la présence de la Chargée des Affaires de l’Ambassade d’Haiti au Bénin qui s’est d’ailleurs réjouit de l’hospitalité du peuple béninois. En réunissant le sommet de la hiérarchie des rites Vodoun et la représentation diplomatique haïtienne, la cérémonie de Dambala a transformé Ouidah en un carrefour de fraternité. Cette célébration rappelle que le vodoun est un socle commun qui révèle une harmonie universelle et un héritage partagé entre l’Afrique et ses enfants de l’autre côté des mers.
Ce rituel haïtien au Palais Akôdjôkplé de Vigan Wilfried HOUNDJE à Ouidah repositionne Ouidah comme une terre d’ouverture et sonne le glas de la mobilisation des fils et filles de la diaspora autour de la prochaine édition du Carnaval International de Ouidah CIO.
Par Désir Camille TOGBE



