Comment un territoire organisé autour de plusieurs pouvoirs politiques est-il progressivement devenu une colonie française ? À Ouidah, cette question a été au cœur de la rentrée scientifique et culturelle de l’Institut Afrique Décide, samedi 3 octobre 2026. Pendant trois heures, le professeur Bellarmin Coffi CODO a remonté le fil de cette histoire, des premières ambitions européennes aux résistances et affrontements qui ont accompagné la conquête du Dahomey.
Placée sous le thème « Les grandes étapes de la création de la colonie de Dahomey : grandes dates, grands moments, grands personnages », la rencontre a réuni autour de l’histoire, de la recherche et du patrimoine.
Dr EDJEKPOTO : faire de l’histoire un espace de recherche et de transmission
À l’ouverture des travaux, le Dr Sylvestre EDJEKPOTO, directeur de l’Institut Afrique Décide, a inscrit cette rentrée dans une démarche de recherche et de transmission des connaissances historiques. L’initiative vise notamment à créer un cadre où chercheurs, acteurs culturels et public peuvent confronter leurs connaissances et échanger autour des grandes questions liées à l’histoire et au patrimoine.
À Ouidah, le choix du thème prend une résonance particulière. La ville demeure l’un des principaux lieux de mémoire du Bénin et concentre plusieurs enjeux liés à la conservation, à l’interprétation et à la transmission du patrimoine.
Jacques Ayer : des perspectives pour le patrimoine muséal
La dimension patrimoniale a également été évoquée lors de la rencontre par Jacques Ayer, directeur général de la Réunion des musées publics du Bénin. À la tribune, il a fait état des perspectives liées au développement de l’offre muséale à Ouidah, notamment autour de l’ouverture annoncée d’un premier musée. « J’espère qu’on aura bientôt du concret à vous proposer, notamment pour l’ouverture de ce premier musée, ici à Ouidah », a-t-il déclaré. Une intervention qui a prolongé la réflexion sur la manière de préserver, documenter et transmettre les traces du passé.
Bellarmin Coffi CODO remonte aux origines de la conquête
C’est ensuite à l’historien Bellarmin Coffi CODO qu’est revenu le soin de dérouler le fil historique. Son point de départ : la nécessité de considérer la création de la colonie de Dahomey comme un processus et non comme un événement isolé. « Je serai assez long, parce que c’est un thème qui demande que nous puissions montrer toutes les étapes qui se sont déroulées entre 1850 et 1914 », a-t-il prévenu au début de son exposé.
L’historien s’est intéressé à l’arrivée progressive des puissances européennes dans la région, à leurs stratégies d’influence et aux relations nouées avec les différentes entités politiques. La conquête française s’est ainsi construite par étapes. Aux affrontements militaires se sont mêlés négociations, traités, alliances et rapports de force politiques.
Béhanzin, au cœur des résistances
Parmi les figures abordées, le roi Béhanzin occupe une place centrale. Son règne est notamment associé à la résistance opposée à l’expansion française. En replaçant cette résistance dans son contexte, Bellarmin Coffi CODO a montré les bouleversements provoqués par l’intensification de la présence européenne dans la région. La guerre et la conquête ont progressivement modifié les équilibres politiques existants et transformé l’organisation du territoire.
Les traités, autre levier de la conquête
L’exposé ne s’est toutefois pas limité aux affrontements. Le professeur CODO a également mis en lumière le rôle des accords et des traités dans l’expansion française. Ces instruments ont progressivement modifié les relations entre les autorités locales et les représentants français et participé à la prise de contrôle du territoire. Cette succession d’accords, de négociations et de conflits permet de comprendre que la colonisation du Dahomey s’est inscrite dans un processus complexe, marqué par plusieurs formes d’intervention et de résistance.
Au-delà des dates, comprendre les mécanismes
À travers cette rentrée scientifique, l’Institut Afrique Décide a voulu remettre la connaissance historique au centre des échanges. L’intérêt de la démarche tient moins à la seule succession des dates qu’à la compréhension des mécanismes qui ont conduit à la transformation politique et territoriale du Dahomey : ambitions européennes, stratégies des pouvoirs locaux, négociations, résistances et conquêtes.
À Ouidah, cette réflexion trouve un terrain particulièrement significatif. Dans cette ville fortement liée à la mémoire historique et patrimoniale du Bénin, revenir sur la formation de la colonie du Dahomey revient aussi à interroger la manière dont cette histoire est aujourd’hui étudiée, conservée et transmise.
La rentrée scientifique et culturelle de l’Institut Afrique Décide aura ainsi permis de replacer la question coloniale dans une perspective historique plus large, en donnant la parole à la recherche et au patrimoine.
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